L’Essaillon
« Entre la Tourre et lou Crapoun,
I a moun païs, qu’ei Sederoun »
Alfred Bonnefoy-Debaïs

Etudier, préserver et faire connaître le Patrimoine Historique, Naturel et Culturel de Séderon et de sa Région

GINGER Georges (3 tableaux)
Article mis en ligne le 10 mars 2026
dernière modification le 15 mars 2026

par sandy-pascal

Catalogue

Georges Ginger aquarelliste

Le frère aîné de ma grand-mère. Né au dix-neuvième siècle dans l’empire russe, étudiant à Vienne, diplômé en qualité d’ingénieur-architecte, pris au piège par la guerre dans cette ville, interné en tant que ressortissant d’un pays ennemi durant tout le conflit, dont il sortira malade pour le reste de son existence. Eduqué comme ses sœurs dans les cultures allemande, française et russe dont il maîtrisait parfaitement les langues, preuve que l’empire tsariste était bien un état sous développé, il préféra s’exiler en France vu la situation révolutionnaire en Russie et la mauvaise impression que lui avait laissée l’hospitalité austro-hongroise.

Apatride titulaire d’un diplôme étranger, à défaut il choisit pour profession un domaine où ses compétences en dessin et technologie lui permettraient de vivre. Dessinateur en carrosserie automobile pour voitures de luxe dans les sociétés Hibbard et Darrin à Paris, Hispano-Suiza et Saoutchic qui habillaient et aménageaient des véhicules en exemplaire unique achetés caisse et moteur nus, modèles pour ceux qui ont survécu, aujourd’hui dans des musées ou appartenant à de riches collectionneurs.

Dessinateur passionné dès sa jeunesse, les vicissitudes de la vie ont fait que ses dessins et peintures, nombreux aux dires de ses sœurs, ont disparu comme ce portrait de son père à l’huile consumé dans l’incendie de l’appartement de ma grand-mère, qui faillit lui coûter la vie en tentant de le récupérer, j’en fus témoin.
La guerre deuxième du nom mit un terme à sa carrière. Refusé à la Légion étrangère pour laquelle il s’était porté volontaire, privé de travail par les circonstances politiques et économiques, malade et sans ressources, il rejoignit Séderon qu’il connaissait déjà pour y être venu voir sa sœur et son neveu Choura qu’il chérissait, lui enseignant les mathématiques et la technologie. Mon père lui dût beaucoup, il le reconnaissait dans sa vocation d’ingénieur et d’architecte.

C’est dans ces temps qu’il a dessiné et peint Séderon mais aussi à Lachau et aux Omergues, accompagnant parfois sa sœur en visite chez des patients. Existent encore de ses aquarelles chez des particuliers je le sais. Pour ma part on m’en a présentée une dans une maison où on m’avait invité à entrer.

Il est mort en 1943 enterré en famille avec tous ceux de son temps à Séderon.

Voilà brièvement ce qu’on peut dire de lui. Pourtant un écrivain russe Mikhaïl Boulgakov, puisque on y est, persécuté sous Staline, fait dire à un de ses personnages de fiction que les manuscrits ne brûlent pas, les traces que les dessins symbolisent réapparaissent aussi un jour j’en suis persuadé.
[/Francis EGOROFF/]
Catalogue

https://andriant.spipfactory.fr/GINGER-Georges-3-tableaux